Programme de la Rétrospective Nguyen Trinh-Thi

Samedi le 26 janvier 2013 à 14 heures au Cinéma la Clef, 34 rue Daubenton, Paris 5ème.

Love man love woman, documentaire, 2007, 52’, sous-titré en anglais et en français

Spring comes winter after, film expérimental, 2008, 4’

Chronicle of a Tape recorded over, documentaire expérimental, 2010, 25’, sous-titré français et anglais

Song to the front, film expérimental, 2011, 5’

Jo Ha Kyu, film expérimental, 2012, 11’

Entretien avec Nguyen Trinh Thi 

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1. Love Man Love Woman

Documentaire, 2007, 52’, sous-titré en anglais et en français

A travers le portrait du Maître Luu Ngoc Duc – un des médiums les plus connus de Hanoi – le film révèle comment les homosexuels, face aux préjugés de la société vietnamienne traditionnelle, ont trouvé un refuge et une expression dans le culte de la Déesse Mère (Dao Mau).

Dès son titre, Love man love woman, le film présente une dualité, ou plutôt une dialectique, qui se déclinera à différents niveaux. Son ouverture interroge immédiatement concernant une personne s’apprêtant d’habits traditionnels du culte de la Déesse Mère (Dao Mau), est-ce un homme ou une femme ? Cette dualité, qui s’avère être plutôt une symbiose, est présente dans les rites du culte lui-même : un homme, un médium, se fait l’expression d’une déesse. Nguyen Trinh Thi détaille, dans un style s’approchant du cinéma direct, la croyance de la Déesse Mère, et par ce biais la communauté homosexuelle vietnamienne. Une communauté, une culture alternative qui a émergé, avec ses codes et ses coutumes, prenant sa source dans un culte, une tradition ancestrale. La modernité se retrouve mêlée aux traditions, les téléphones portables, utilisés constamment, sonnent devant les autels encensés du temple. Le film donne la parole à cette communauté rendue muette par la société, il détaille une hétérotopie, un autre monde qui a ses fonctionnements qui lui sont propre, au sein même de la capitale vietnamienne.

Francois Xavier Tercinet

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2. Spring Comes Winter After

Film expérimental, 2008, 4’

En utilisant les images de l’enterrement du poète Le Dat, sanctionné par les autorités communistes dans le procès des Cents Fleurs(Nhan Van – Giai Pham) et interdit de publication pendant 30 ans, le film interroge un problème politico-culturel de l’histoire du Vietnam contemporain, considéré encore aujourd’hui comme tabou.

 

3. Chronicle Of A Tape Recorded Over

Film documentaire expérimental, 2010, 25’, sous-titré français et anglais

Chronique réalisée par la cinéaste le long de la piste Ho Chi Minh, où l’armée américaine a déversé des millions de tonnes de bombes et d’agents toxiques et où des dizaines de milliers de vietnamiens ont laissé leur vie. Le film tente d’assembler des fragments d’histoire, les souvenirs racontés par les villageois alternent avec les images de leur vie actuelle, le passé se mêle au présent, la réalité à la fiction.

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En suivant l’ancienne piste Ho Chi Minh le réalisateur, par le biais de rencontres fortuites, inscrit la mémoire d’hommes et femmes vietnamiens, d’anciens combattants et d’une jeunesse emprunte du traumatisme de la guerre. Nguyen Trinh Thi enregistre une mémoire orale du peuple vietnamien, elle effectue un travail interdit par le gouvernement, comme le titre le dit et le film le montre, au travers du zèle d’un officiel de campagne endossant le rôle de censeur. Le gouvernement vietnamien contrôle et empêche le travail de mémoire de son peuple à qui il ne donne pas de voix. Il effectue un travail de fiction quand à l’Histoire du Vietnam, tandis que les vétérans de la guerre, le peuple vietnamien laissé pour compte, rejoignent malgré eux le documentaire. Une mémoire organique est ainsi créée, par un tissu de témoin humain, évitant toute dramatisation pathétique, se contentant de filmer ce qui est officiellement masqué. Un cadrage simple et un montage incisif donne au film un statut de document, l’approchant d’un travail d’historien et de sociologue. Le metteur en scène parvient ainsi à demeurer en retrait, à ne pas esthétiser le regard, concentrant ainsi le spectateur sur les interviewés. Ceux-ci ont le statut de metteur en scène, ou plutôt de narrateur du film, conférant parfois à leur réalité un aspect fictionnel.

Francois Xavier Tercinet

4. Song To The Front

Film expérimental, 2011, 5’

A partir du film « Bai ca ra tran » (Le chant du départ au front) réalisé par Tran Dac en 1973 pour les Studios vietnamiens du film de fiction, la cinéaste propose un nouveau montage, une expérience singulière de réinterprétation des images.

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Song to the front de Nguyen Trinh Thi est un film poétique et réflexif composé à partir de la réécriture d’une œuvre préexistante. Nguyen Trinh Thi dans ce « found-footage » trouve une interprétation nouvelle à la vie d’un soldat blessé retournant au combat. Alors que celle-ci était éludée du film original, la notion de « sacrifice d’une génération » prend ici toute son ampleur. Un discours à la fois poétique et engagé soutenu par Stravinsky au travers d’un extrait du Sacre du printemps. En osmose au balai du compositeur russe, Nguyen Thinh Thi démontre à la force d’un montage précis, comment la douceur du printemps et de la jeunesse fait face à la violence du sacrifice (au combat). La question de l’aveuglement est ici centrale. Le jeune soldat ne perçoit rien sous ses bandages, il ne peut comprendre ce qui l’entoure, sa confusion est totale. Les plans se répètent, les sourires deviennent grimaces, appuyées par les cuivres agressifs de Stravinsky. Le geste de violence final devient aveugle, son résultat est hors champ, masqué. Le jeune soldat demeure ignorant dans son combat, il ne sait contre qui et pourquoi il se bat. Ses yeux fonctionnent mais ne voit pas : il obéit aveuglément.

Beverley Robert-Wyss – Francois-Xavier Tercinet

5. Jo Ha Kyu

Film expérimental, 2012, 11’

Jo Ha Kyu est le concept essentiel de la structure narrative dans les arts traditionnels temporels du Japon. Le film Jo Ha Kyu est une interprétation très libre de cette structure. Il représente une expérience personnelle de la cinéaste à Tokyo peu après le tremblement de terre de 2011. Un poème sur le conflit et la coexistence des mondes concret et abstrait, de l’observation objective et de l’expérience subjective, du documentaire et de la fiction.johakyu

Fond blanc. Un visage assoupi dans une rame de métro qui file à toute allure, un mur derrière la vitre nous cache tout paysage. D’autres visages suivent, tous assoupis. Et puis l’on s’échappe de cet espace trop circonscrit, sur l’invite d’une fillette. Une invitation à changer d’échelle. Nguyen Trinh Thi a nommé ce film Jo Ha Kyu, et c’est bien de rythmes qu’il s’agit ici. Prendre le pouls de la capitale nippone après Fukushima, la mesure de ses battements, ses inspirations, ses intensités. Echappés du métro, véritable système artériel du tissu urbain, nous voyons à présent un Tokyo fragmentaire. Des objets, des corps  acquièrent un lien, une identité à la faveur d’un même mouvement, d’un geste semblable. Un jeu de regards fait se répondre visages et masques, visages-écritaux, visages d’écrans. L’expérimentation  réside dans cette rythmique visuelle, dans le tempo des plans, entre étirement extrême ou cuts rapides, parfois brutaux – un parapluie qu’on ouvre est une explosion chromatique soudaine- et dans les trames sonores. Sons de la ville, échos du corps. Tokyo est toujours là, fragilité fugace de milliers d’instants. C’est également un fond blanc qui clôt le film, toile vierge qui n’attend que l’inscription de notre imaginaire errant librement dans les rues de la métropole nippone.

Hugo Paradis

6. Entretien avec Nguyen Trinh-Thi 

À l’occasion de l’ouverture du cycle 84 qui lui est consacré le 26 janvier 2012,  Nguyen Trinh Thi nous a envoyé une vidéo de Hanoi pour partager son parcours cinématographique.


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